Smoking Gun

On parle de la guerre des taxis et des VTC dans tous les médias sans jamais se poser la question de cette soudaine et compréhensible mobilisation des taxis. Pour résoudre un conflit, quel qu’il soit, on se doit d’en analyser la source, le cœur des frustrations, de trouver le « smoking gun », avant de s’attaquer aux détails. Dans le cas de ce conflit, la presse comme certains choix gouvernementaux s’attaquent aux détails au lieu de se focaliser sur l’essentiel, sur ce qui met les taxis en péril.

L’arrêté sur les 15 minutes n’a pas calmé les taxis car c’était une fausse bonne idée. Elle n’a servi qu’à mettre de l’huile sur le feu et à dévier les préoccupations initiales des chauffeurs de taxi. Dès lors, les VTC devenaient les ennemis, ceux qui allaient venir prendre leur marché en les faisant passer pour des mauvais.

Or, de l’aveu même de M. Rousselet lors de l’audience au Conseil d’Etat sur la question des 15 minutes, les résultats des taxis n’ont pas été affectés par l’arrivée des VTC. Certes, une clientèle surfe entre ces deux solutions de déplacement mais globalement, leur chiffre d’affaire n’en souffre pas. Le principe même de l’économie de marché c’est que la multiplication des acteurs permet un boom économique sur le marché. A terme, même les taxis ont à gagner à l’arrivée des VTC.

Non, le cœur du problème n’est pas là. Il est ailleurs, il est là où on ne veut pas mettre son nez parce que, ce qui à conduit à cette situation n’est pas légal et n’aurait jamais dû se produire. Pour travailler en tant que taxi, il faut d’abord acquérir une licence. En principe je devrais dire Obtenir une licence, mais la réalité est toute autre. Un chauffeur de taxis va dépenser 200 000 euros pour acquérir une licence… Qui n’est pourtant pas cessible et distribuée gratuitement par les Préfectures. C’est à dire qu’il achète un bien qui ne doit pas être vendu. Et pour cause, c’est aux Préfectures de délivrer ces licences qui, à la fin de leur exploitation, sont censées lui revenir pour repartir dans le système. Mais depuis des décennies l’Etat a laissé faire, a laissé se vendre des licences incessibles tout en en taxant la cession et a généré une spéculation. Pourquoi sinon certains hommes politiques possèderaient eux-mêmes des licences si ce n’est pour spéculer sur leur valorisation future ?

Or le chauffeur de taxi ne parle pas de spéculation lui ! Il s’endette pour acheter cette licence et compte sur sa revente pour financer sa retraite. C’est sa vie, ses années de dur labeur, sa sueur et son énergie qui sont réduites à néant lorsque la bulle éclate. Car il s’agit bien d’une bulle et elle est en train d’éclater. Et la faute n’est pas aux VTC, non, elle est à l’Etat qui a laissé naitre une bulle teintée d’illégalité.

Alors cessons d’opposer les VTC et les taxis, cessons de dire que les VTC bénéficient d’un cadre fiscal plus favorable et n’ont pas de formation. C’est absolument faux. S’ils sont auto-entrepreneurs, ils payent bien plus de taxes puisqu’ils ne peuvent pas déduire leurs coûts d’exploitation qui sont élevés et tous les chauffeurs VTC sont tenus de suivre une formation de 3 mois pour pouvoir exercer.

Non, ce qui fâche à très juste titre les taxis c’est qu’il y a aujourd’hui une solution alternative au racket que représente l’achat d’une licence gratuite : devenir VTC. Et en tant que PDG du premier centre de formation VTC/Grande Remise, je peux vous garantir qu’ils sont nombreux les taxis qui nous appellent pour changer de statut et revendre vite leur licence temps qu’elle a encore de la valeur. Et c’est peut être là le problème. Cette peur de la perte de valeur d’une licence qui n’en a pas intrinsèquement entraine la profession dans la spirale infernale de la dévaluation, on est bien dans l’éclatement d’une bulle. On parle de 25% de baisse au cours des dernières semaines et ce n’est qu’un début. J’avais prédit en 2010 que la valeur de la licence de taxi serait divisée par 4 d’ici 2015. Si je me trompe ce ne sera pas de beaucoup.

Il faudra donc inévitablement que Monsieur Thévenoud  attaque le problème à sa racine car rien aujourd’hui n’arrêtera la dévaluation de la licence. Ni un numerus clausus qui aurait le goût de l’économie planifiée soviétique, ni des freins à l’accès au VTC puisque les taxis eux-mêmes se reconvertissent. Il va donc falloir, d’une manière ou d’une autre, et parce que l’Etat porte la responsabilité de cette bulle, trouver une solution pour indemniser les chauffeurs de taxis des pertes dont ils pourraient souffrir sur la valeur de leur licence… Et ne pas hypothéquer leur retraite.

Et, in fine, n’oublions pas les grands absents de ces négociations : les clients/usagers. Ils sont la clé du succès de l’harmonisation et mettre en place des mesures anti-économiques ne règlera jamais le problème. Seul le traitement efficace à la racine peut régler le conflit. Espérons que, une fois n’est pas coutume, les politiques n’appliquent pas des compresses sur une blessure infectée mais la soigne réellement.

M. Beck

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